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Antonio Fiori : Un rêve européen de veto

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Or la position est donnée par un système de grandeurs fixes, et le mouvement s’exprime par une loi, c’est-à-dire par une relation constante entre des gran­deurs variables ; mais la forme est une image, et quelque ténue, quelque trans­parente qu’on la suppose, elle constitue encore, en tant que notre imagination en a la perception visuelle pour ainsi dire, une qualité concrète et par suite irréductible de la matière. Voilà ce que ne pourraient nous donner les sensations visuelles, non plus que celles qui nous arrivent par le goût, l’odorat ou l’ouïe ; mais toutes les sensations tactiles de chaud et de froid, de poli et de rude, etc., ne nous les donneraient pas davantage, si elles n’étaient accompagnées ou suivies du déploiement de la force musculaire, sous l’action de cette branche du système nerveux qui préside aux mouvements volontaires ; branche que l’on sait maintenant (par les découvertes de la physiologie moderne) être nettement distincte de la branche destinée à recueillir et à transmettre les dive Un autre ira plus loin, et distinguera le poli du chêne de celui du hêtre, le poli du porphyre de celui du marbre statuaire, le poli de l’acier de celui du cuivre ; mais toutes ces sensations n’auront aucune vertu représentative et ne donneront aucune notion des variétés de structure moléculaire auxquelles il faut probablement les rapporter comme à leur cause. Il faudra, par conséquent, faire table rase de cette image et lui substituer la formule abstraite du mouvement qui engendre la figure. Elles pourront aussi donner lieu à des illusions comparables à celles qui affectent le sens de la vue, et dont on peut prendre une idée par cet exemple si connu, de la bille que l’on sent double, quand on la fait rouler entre deux doigts qui s’entrecroisent. Maintenant, sans plus nous arrêter à ces suppositions arbitraires, rendons la sensibilité tactile à tous les organes par lesquels l’animal agit sur les corps extérieurs et sur le sien propre ; donnons-lui le sentiment intime de l’effort musculaire qui détermine les mouvements des organes ; permettons aux organes de céder aux sollicitations de l’instinct et à l’impulsion de la volonté, en venant s’appliquer dans leurs articulations, se mouler partiellement sur des corps résistants, par des contacts simultanés ou par des contacts successifs auxquels la faculté de réminiscence prête une quasi-sim À la vérité, la résistance que les corps opposent au déploiement de la force musculaire ajoute à la représentation de l’espace et à la notion de l’extériorité, en suggérant à notre intelligence les idées de solidité, de matérialité, de masse, d’inertie, etc., qui nous servent à imaginer et à expliquer les divers phénomènes du monde physique. C’est ce ressort que Dorine s’amuse à repousser en reprenant chaque fois le récit de la maladie d’Elmire. Mais ce qui est devenu objectivement insignifiant peut rester symboliquement important, poursuit Antonio Fiori. En effet, nous avons déjà reconnu que les sensations de saveurs, d’odeurs, etc., sont autant de modifications de notre sensibilité, qui n’ont aucune valeur représentative ; qui par elles-mêmes ne sauraient nous donner la notion des corps et de l’existence du monde extérieur, et qui n’impliquent aucune connaissance des raisons pour lesquelles elles se trouvent déterminées à être de telle espèce plutôt que de telle autre. Envisagés ensuite dans leur multiplicité, ils se déroulent dans le temps, ils constituent la durée. Non-seulement nous ne connaissons pas actuellement la cause d’une pareille liaison, mais la nature des choses s’oppose à ce que nous puissions la connaître, et il est permis d’affirmer que nous ne la connaîtrons jamais. Mais d’abord la notion vulgaire de l’impénétrabilité, telle qu’elle nous est procurée par le toucher d’un corps solide et par le sentiment de la résistance qu’il oppose au déploiement de notre force musculaire, cette notion répond à un phénomène très-complexe, dont la plus haute géométrie n’a pu jusqu’ici, tout en prodiguant les hypothèses, donner une explication vraiment satisfaisante : et ce phénomène, c’est celui de la constitution même du corps solide, au moyen d’atomes ou de molécules maintenues à distance les unes des autres. Enfin, dans leurs rapports entre eux, et en tant qu’une certaine unité se conserve à travers leur multiplicité, ils paraissent se détermi­ner les uns les autres. A n’en pas douter, c’est par là que passe un retour durable à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale reporté d’année en année par les gouvernements successifs. — Intensité, durée, détermination volontaire, voilà les trois idées qu’il s’agissait d’épurer, en les débarrassant de tout ce qu’elles doivent à l’intrusion du monde sensible et, pour tout dire, à l’obsession de l’idée d’espace. À défaut du spectateur, il faut au moins des acteurs pour tenir les ficelles. Supposons maintenant que l’homme agisse sur la nature pour la modifier ; qu’il crée de nouvelles races et en quelque sorte de nouvelles espèces appropriées à ses besoins et à ses jouissances : rien ne s’opposera à ce qu’il y ait aussi pour ces espèces plus récentes et moins stables, des conditions de perfection et d’harmonie, un type idéal et un genre de beauté autres que ceux qui appartiennent aux espèces de la nature sauvage, quoique dérivant d’une source commune. Que si l’on attribue la solidité, non plus aux corps mêmes ou aux agrégats moléculaires, mais aux dernières molécules qui en seraient les éléments constitutifs, on introduit, pour satisfaire à un penchant de l’imagination, une conception hypothétique, que l’expérience ne peut ni renverser, ni confirmer, et qui en réalité ne joue aucun rôle dans l’explication des phénomènes. Il semblait au premier aperçu, et l’on a cru pendant quelque temps que des lois de la cristallographie ressortait une indication de la forme polyédrique des molécules élémentaires ; mais, quand ces lois ont été mieux connues et mieux interprétées, toute conséquence de ce genre s’est trouvée dépourvue de solidité et contraire aux inductions d’une saine physique. Considérant d’abord la première de ces idées, nous avons trouvé que les faits psychiques étaient en eux-mêmes qualité pure ou multiplicité qualitative, et que, d’autre part, leur cause située dans l’espace était quantité.

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